Les Nouvelles de RATAFIA

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88 : Les NOUVELLES de RATAFIA de mai 2016

Les Nouvelles de RATAFIA n° 88

Mai 2016

 

 

            Je vous l'avais dit dans les Nouvelles 87: "Dès l'avion envolé Ratafia ressortira, pour mon plus grand bonheur: je ne suis jamais plus heureux que quand je suis au large..."

 

            Voici donc le récit de ces jours de solitude.

 

Première partie: la route vers l'atoll de Toau dans l'archipel des Tuamotu

           

            Mercredi 20 avril, à 4 heures, il pleut  alors que je conduis Jane à l'aéroport...

Nous ne sommes pas tristes, puisque c'est par choix délibéré de tous les deux que Jane part pour une réunion de famille, mais tellement habitués à être l'un près de l'autre, à être dépendants l'un de l'autre, que nous contenons difficilement une  grande émotion...et les larmes du ciel ont cet avantage qu'elles abrègent le moment pénible de la séparation, inutile de faire durer plus que nécessaire les moments douloureux.

 

Globalement, la météo n'est pas bonne pour les jours à venir. J'ai bien hésité à appareiller…un coup oui, un coup non. Hier soir Hawaï a emporté la décision: la nième dépression (elles se suivent à la queue le leu) est baptisée cyclone "Amos". Bien sûr la probabilité qu'il vienne vers Tahiti fin avril est faible, mais j'ai pas envie de voir…

 

En bref:

 

        Rentré YCT sous une pluie battante. Repris les mto.

Décidé appareiller. Après un dernier  téléphone, me disant que ma Jane était en salle d'embarquement, largué le ponton.  Pluie mais pas de vent

1 Route aller.JPG

 

        Pas de bouée facile. Je capeye près de la sortie pour installer Mémé, ranger les défenses et quelques bricoles inutiles au large (genre sac de douche que nous retrouverons au bout de 2 jours quand Jane sera revenue, ou les filets de poisson séchés préparés pour que Jane les porte en famille...). 8 heures, vu l' avion partir vers le SE…pas pu agiter de mouchoir…Pluie. Route moteur, envoi de la voile hors lagon. Oublié le croissant amarré. Rouler et recommencer. Moteur. Cap au 80. Vers 10h plus de pluie. Mer très hachée et dure: 2 houles fortes et croisées. Pas surpris: Hawaï annonce 14 pieds de mer.  Repas de sandwich au pâté. Merci le bon pâté approvisionné par ma chérie...

            Dégagé de Tahiti, éclaircie, j'attends le vent de NW annoncé et souhaité pour aller vers les Tuamotu… Ca se dégage. Le vent arrive de N…Il adonnera dans l'AM…avant de tomber: où sont les 20 nœuds  annoncés ?      ...Moteur... Radio inaudible. Re sandwich + yaourt.

            Dans la nuit le vent rentre de NE ! Cap sur Rangiroa…Puis il retombe mais pas la mer. Re-moteur. Après quelque bégayements, le radar fonctionne à peu près. Je ne l'arrête plus de la nuit. Chalutier qui tourne autour de moi (assez loin pour pas danger) + caboteur .

Au milieu de la nuit, c'est une succession d'orages qui arrive sur Ratafia. Précautions habituelles: antennes débranchées, ordinateur et matériels sensibles dans la cage de Faraday que représente le four de la cuisinière... Pas fier le mec…Il y avait une "Soirée Blanche" organisée au YCT. Pour moi c'est une "Nuit Blanche", pas le temps de s'ennuyer: cymbales, grosse caisse & feux d'artifice…pas vu les majorettes car j'avais de l'eau dans les yeux…!

 

            Jeudi 21: vent de NW, enfin, mais avec  pluie et grains…Pour remonter le tonus du marin: tous les restes de légumes + viande cuite coupée en morceaux + crème+ sauce piquante et une pomme pour finir = Miam !

Le vent  retombe… Dans la journée ça va mieux. Mémé au travail et même un rayon de soleil. Radio correcte le soir…et puis à nouveau de la pluie et du vent fort…avant de me laisser planté dans un chaudron. Moteur.

Je marche en fifty (c'est-à-dire en appuyant la voile par un peu de moteur) une bonne partie de la nuit.

 

            Vendredi 22:  Plus rien vers 5h . Poussé à 1700t/mn pour arriver avant midi de façon à avoir un bon éclairage pour circuler dans le lagon encombré de pâtés de corail.  Pas de pêche in fine. A 10h j'arrive devant la Passe Otugi. Le courant est nettement sortant et il y a sur ma droite un joli "mascaret". Chance, ce matin, Patrice est intervenu à la radio et conseille très à gauche. Cartes SAS sous la capote, en partie masquée pour avoir de l'ombre. Efficace. Je rentre à contre courant, certes, mais sur le bord il est plus faible. Un cata dans la zone convoitée, je tourne à gauche au lieu de tourner à droite. A midi une boîte de salade + reste de riz+ fromage et pomme. La gloire.

            Sieste 1heure mais  impossible de me réveiller complètement = 3heures de mieux !!!

A la radio du soir, bonne réception. Presque tous les amis sont en navigation.  Un bug s'étant glissé sournoisement dans l'ordinateur, je ne peux que recevoir les mails adressés directement à Ratafia, pas les autres. Je suis un peu "perdu". L'ami Patrice m'explique ce que je dois faire pour m'en sortir et recevoir les mails adressés "à terre". Je verrai demain matin ce qui est rentré.

 

            Curieux: j'ai l'impression que Jane est  présente à bord. Quand le radar couine je bondis pour qu'il ne la gène pas…Pareil tout à l'heure après ma sieste, je croyais la trouver sur la bannette…

 

 

            C'est beau la modernité: de l'autre côté de la terre, et on arrive à communiquer…et même à parler si j'avais un Smartphone. Ce qui n'est pas pour demain . Jane m'ayant longuement expliqué j'ai pu envoyer des mail par ce moderne pigeon voyageur appelé Iridium... il a bien travaillé. Au total plus d'une heure de connexion sur 17 jours !

Pour sourire, voici quelques extraits des échange de courriers, que ceux qui les ont reçus veuillent bien ignorer ces redites...

 

            ... qu'importe: je suis en mer et c'est le plus important.

 

            Vous avez été nombreux à me dire d'être prudent. Soyez certains que je ne chercherai pas "le Passage Alléluia", vous savez, celui qui permet d'aller directement "naviguer sur des mers toujours sereines". Si par malheur j'embouquais ce passage, il faudrait pourtant vous réjouir: ce serait une belle sortie !

 

            Je sais que tu es un excellent marin et que tu ne prendras pas de risques inutiles.

Tu sais que là-haut il n'y a pas 72 vierges mais des vierges de 72ans!!! alors tu as tout ton temps...

 

            A quoi j'ai répondu:

 

 Des vierges de 72 ans , si ça existe, c'est grave !'

 A mon âge, il vaudrait mieux qu'elles soient moins vierges mais plus expertes!

 

Ou ce mail destiné à Jane que par étourderie j'ai envoyé au neveu préféré: "Bonjour Amour de ma vie..."

 

 

 

 

 

Deuxième partie: Le séjour dans Toau.

 

      Comme déjà dit, l'après-midi de ce vendredi a été bien écorné par une sieste prolongée. A mon réveil, trop tard pour gonfler l'annexe ce soir, longue baignade exploratoire de la zone. Puis la vacation radio.

      Bonne nouvelle: les amis de Joz, Michel & Marie-Noëlle (voir N 79 juillet 2015) qui ont quitté l'Anse Amyot, à l'extrémité W de Toau le matin même, pour Apataki,  reviendront me voir.

2 Toau.jpg

Samedi 23. Malgré le calme absolu du mouillage, je n'ai pas bien dormi...sans doute que je continuais mes quarts...Journée végétative, dont la seule activité marquante a été de rechercher et de baliser un bon mouillage pour Joz. Pour les non-marins, expliquer: qu'il n'est pas agréable d'entendre la chaîne de l'ancre frotter contre les patates de corail: nous n'aimons pas plus abîmer le corail que la chaîne (en acier galvanisé vendu au prix d'un épais placage en or !).

 

            Et voilà les amis...soirée agréable vous vous en doutez.

 

            Joz m'ayant dit qu'il n'y avait personne en vue en entrant, la météo confirmant des vents d'W, je profite du bon éclairage de ce dimanche (24 avril) pour faire route vers le mouillage convoité. Ce mouillage m'a été indiqué par Robert, l'ancien propriétaire de Fugue (ramené de Nouvelle Zélande en 2012). En radio, Pierre, un autre ami, m'a confirmé sa bonne protection, absolument pas évidente sur les cartes.

Toujours pour les non-marins, rappeler qu'un atoll c'est une île pleine d'eau, grande en général et souvent profonde. Pour une question de confort, seule la partie "sous le vent" offre un abri convenable.  En plus les zones de bon sable bien franc sont rarissimes. En général, entre les plages de sable, il y a de belles « patates » de corail qui se feront un plaisir, quelles qu’aient été vos précautions au mouillage, de retenir votre chaîne ou votre ancre (parce que, bien sûr, vous éviterez dans la nuit...).

           L'ordi est installé sous la capote de façon que je puisse suivre ma progression sur la vue de Google utilisée par SasPlanet. Pas de difficulté majeure, mais la fin du parcours est un peu stressante: de nombreuses patates dont certaines sont dangereuses même pour mon  1,30 de tirant d'eau. Si je ne suis pas très à l'aise, je me demande comment Betty a accepté de venir dans ce labyrinthe...

3 Mouillage Robert.jpg

            Vue du mouillage dans sa phase finale, avec les traces entrée/sortie. Non le fond n'est pas vérolé, vous le voyez , ce sont de bien nombreuses patates !    Joz 4 arrive dans le mouillage. Marie-Noëlle est à l'avant pour guider Michel car ce "Super-Maramu" cale 2,3m...Il faut regarder plus attentivement qu'avec Ratafia...

4 Jozz.JPG

                 Bien que prévenu par Pierre, une mauvaise surprise m'attendait à terre: je ne me suis pas protégé contre les "Nonos", féroces gardiens du lieu.

     Bilan: entre 150 et 200 morsures...et outre des démangeaisons à ne pas dormir, une réaction fiévreuse qui m'oblige à consulter mon taote à distance.

Voici le côté extérieur de mon mollet gauche...

5 Morsures.JPG

     Vous devinez le reste du bonhomme !

Et tout cela pour rien, je n'aurai aucun kaveu (crabe de cocotier), aucune langouste, seuls 4 crabes (de mer) viendront améliorer l'ordinaire du bord et les toast des apéritifs collectifs.

            L'eau du mouillage est sableuse, donc pas très claire, mais en s'éloignant du bord elle devient cristalline et laisse voir des coraux absolument magnifiques.

 

            Un 3 ème bateau ("Parenthèse" à Hélène & William) s'est annoncé en radio. Il est en provenance des Marquises et veut nous rejoindre. Je lui assure le guidage.

Nous voilà 3 dans le mouillage, ce qui n'est pas gênant car il y a de la place, et de toute façon Joz reprend la route de Tahiti

 

Samedi 30

            Si le vent est encore au N, il est prévu retourner au SE, la lumière est favorable, à 10h je relève l'ancre et faufile Ratafia entre les patates, puis sous génois seul route vers l'îlot de Nakomako à 6 milles. Merci SasPlanet & Google Earth... seule une "cheminée" de corail aperçue sur tribord n'était pas bien visible.

            Arrivé à destination, le vent n'ayant pas encore tourné, le confort sera "moyen" pendant le reste de la journée et une partie de la nuit. Chance, j'ai directement trouvé un banc de sable exempt de patates où l'ancre sera de très bonne tenue. Voici Nakomako, avec la trace en prime !

6 Nakomako.jpg

 

            Quelque jours de solitude dans un cadre digne des meilleurs dépliants publicitaires...

8 motu  nord Nakomako.JPG

Lever du jour sur le motu juste au nord de Nakomako

 

Nature généreuse, et sans nonos ! Mes appâts à kaveu fonctionnent bien: choisi 3 le premier soir et autant le lendemain. les provisions du bord sont faites. J'aurai de quoi en faire goûter à Arue. Il resterait le platier à visiter...les marées ne sont pas bien tournées et le frigo est plein...!!!

7  Kaveu.jpg

Explications: 1 L'appât est une noix de coco coupée en deux et attachée à un arbre

                      2 Jeune kaveu posé sur des branches. Les pinces sont replièes

                      3 Autre jeune installé "au casse croûte", en compagnie de bernard-l'ermite

                      4 Regardez attentivement: cet adulte tient une noix entre ses pattes Il essaie de s'enfuir, mais la ficelle retient la demi noix. Il se cache                              derrière une jeune pousse. Mesurez  l'écartement de sa deuxième paire de pattes pointues

 

Troisième partie: le retour

            Jane arrivant le dimanche 8 mai, il est raisonnable de quitter Toau, au plus tard le jeudi 5. Par tranquillité d'esprit, et parce qu'il n'y a aucune évolution à attendre, mercredi à midi je sors de Toau.            Petit vent portant qui tourne avec moi autour de l'atoll. Dans la passe Otugi, un mascaret assez fort est installé. Une pensée pour "Alibi" qui s'y est bien fait secouer...

 

            Les prévisions mto sont claires: peu de vent dans le premier quart de la route, puis du Mara'amu assez fort ensuite.

             Normalement pas de grains méchants...C'est en gros ce qui s'est passé...sauf  que, avant de toucher le Mara'amu,  agrémenté de trombes d'eau dignes d'un ruminant qui s'oublie, un grain d'une rare violence m'est tombé dessus. La fête a duré de 17 à 23h, et pour la première fois de ma vie, je me suis posé la question: "vais-je avoir la force de tenir ? "...et accessoirement est-ce que tout va tenir... car je ne me voyais pas bien aller sur le pont pour rentrer les morceaux d'une voile explosée.

            Préparer un repas dans ces conditions tenait de la prouesse, mais il n'était pas question de ne rien avaler (même si l'appétit n'était pas vraiment au rendez-vous). Ce sera une boîte de saucisses-lentilles, réchauffée quand même, servie dans un bol où ont été ajoutés vinaigre et moutarde. Pas dans la casserole directement car elle est trop chaude pour être tenue entre les cuisses nues: à poil étant la meilleure tenue trouvée pour ne pas avoir à me changer à chaque sortie dans le cockpit...

- Si le Pacifique porte en général mal son nom, la navigation subtropicale a aussi des avantages !

 

            Petit à petit, Ratafia sort de la zone de convergence entre l'alizé et le vent austral. Dans le Mara'amu bien établi (25 à 30 nds), à défaut d'être facile, la mer (3m de creux) est plus régulière. Vent de travers, grand-voile très réduite (3 déchirures sont apparues), trinquette le premier soir, génois bien réduit ensuite, Ratafia progresse vite.

            Le reste

 de la traversée sera "sans histoire". A bord d'un bateau redevenu "normal" le moral est remonté...je vole vers ma Janou...S'il m'a fallu 50 heures pour l'aller, le retour se fera en 40 !

Tristesse: malgré menaces ou supplications, le radar n'a plus voulu fonctionner. Il faudra se contenter de quarts de 20 minutes car plus j'approche de Tahiti, plus il y a de monde sur la route.

Fatigant ! Pour ce radar, comme pour le jeu de voiles, les jours sont comptés: ce sont leur dernière navigation

 

 

 

Les Projets...

 

            Pas mal de travail à faire pour l'entretien de l'équipage et aussi du bateau...

Pour ce qui est de nos santés, rien de  spécial, la routine en quelque sorte mais il faut surveiller les carcasses!

            Pour le bateau, en premier le nettoyage annuel de l'avant à l'arrière y compris le milieu (qui n'a pas été fait l'an passé, ce qui me déplait).

            Ensuite préparer l'arrivée des nouvelles voiles, donc démonter les anciennes et vérifier les enrouleurs de génois et de GV, changer celui de trinquette.

            Et les vernis intérieurs qui auraient bien besoin que l'on s'occupe d'eux aussi...

 

...et tout cela assez viiiiiite car j'espère bien aller fêter mon anniversaire avec Georges à Maupiti  mi juillet !

 

Courriers, mails et autres skype...

            Vous pouvez vous en donner à cœur-joie  jusque là!

           

 

 

Couplet technique pour ceux que cela intéresse

 

            L'enrouleur de trinquette était un proto, pour un bateau de 6 tonnes...L'arrivée sur Gambier en novembre, où il a dû servir en position réduite,  a montré ses limites. Je vais le remplacer par un modèle plus fort.       

            Voiles: Notre jeu de voiles actuelles date de 2008. Ce sont des voiles LeeSails, faites à Hong Kong. A l'époque c'était, de loin, le devis le moins cher. Si j'ai été content de la coupe et de la finition de ces voiles, ce n'est pas le cas pour le tissu. Le Challenge Performance Cruise 8.18 n'a pas bien résisté aux U.V. Le fil utilisé pour la chaîne a perdu toute résistance, si bien que quand elles battent, ce qui arrive par forte houle de travers, ils apparaît des déchires verticales.  LeeSails contacté à nouveau me propose un autre tissu High Mass Fiber Weaves ...

            Pour 10% de plus que le devis de LeeSails, j'ai donné préférence à Sailonet, une société basée en métropole. le tissu de nos futures voiles sera du "Dimension Polyant AP / SF" d'origine allemande. l'avenir dira s'il résiste mieux ici.

 

SasPlanet: je vous ai déjà parlé de ce logiciel de cartographie de navigation gratuit. Il semblerait que Navionics ne veuille plus fournir ses cartes à Sasplanet. Que ceux qui les ont déjà téléchargées n'aillent plus sur internet, sous peine de voir les cartes disparaitre avec la mention "Inautorized".

 

 

                                                                    

            Bises et amitiés à toutes et tous

 

                                                                                                                        Jane & Marc

                                                                                                               Arue le 12 mai 2016

 

9 Dim soir 2.JPG

La reine du bord est revenue !



12/05/2016
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