14 : Les Nouvelles de RATAFIA Janvier 2007

Les NOUVELLES de "RATAFIA" 14     8 janvier 2007

 

Ia orana i te matahiti api,

Bonne santé et heureuse année à toutes et à tous.

 

Les Nouvelles 13 vous laissaient l'année dernière à Rapa. Depuis nous sommes arrivés à Gambier et y avons fêté l'an neuf… Reprenons dans l'ordre…

 

La fin du séjour à Rapa…

Nous avons donc bien profité des amis, et également d'un temps dans l'ensemble clément, qui nous a permis de rester mouillés devant le village: c'est plus facile pour les allées et venues. Il y a une possibilité à quai, mais peu sécurisante en cas de fortes rafales qui lèvent du fort clapot dans la baie (des bateaux s'y sont massacrés), et une autre tout au fond de la baie en cas de gros mauvais temps, où nous étions allés la première fois, guidés par Punua, mais c'est bien loin…

Partout l'eau est sombre (fond de sable noir et assez grande profondeur), et pas assez chaude à notre goût pour des baignades agréables, comme nous en avons maintenant l'habitude. C'est-à-dire 22 ou 23°, quoi que vous en pensiez, c'est frrroid!! Quand nous sommes arrivés, après le mauvais temps que nous avions subi accompagné de pas mal de pluie, l'eau était carrément trouble, ça s'est arrangé ensuite. Bernard et Françoise, passés avant nous en revenant de Nouvelle-Zélande, ont dû plonger pour essayer (en vain) de retrouver leur ferrure d'étrave arrachée dans un coup de vent, ce que nous aimerions mieux éviter…

Arrivés un samedi, nous renonçons à aller dès le lendemain à la messe qui a lieu cette semaine dans l'autre village. D'ailleurs Marc occupe le WE à fabriquer une porte pour le freezer du désormais célèbre frigo, à la fois pour améliorer la qualité des glaçons et pour empêcher qu'ils ne tombent à la gîte. C'est seulement le mardi que nous allons faire nos civilités à droite et à gauche. Maurice, le météo, se rappelle bien de nous et nous gratifie d'emblée d'un gros régime de bananes, agrémenté d'un grand sac de nectarines dont c'est la pleine saison. Nous saluons Yolande la postière, les employés de la Mairie qui nous avaient si gentiment autorisés à nous connecter l'année dernière, l'infirmière Ginette et ses deux adjoints, Petero et Tania, et bien d'autres qui ne nous ont pas oubliés ("vous voilà encore!")… Nous rencontrons aussi Michel, un popa'a en mission ici pour installer un centre d'enfouissement technique, dont on peut d'ailleurs s'interroger sur l'opportunité pour une population de 500 âmes… Mais cela n'est pas notre problème, pas plus que celui de Michel d'ailleurs, qui est payé pour exécuter un travail qu'on lui a commandé. C'est un garçon particulièrement accueillant et qui nous permettra en particulier d'aller chez lui – "même si je ne suis pas là, la porte est ouverte" – pour ouvrir nos e-mails. Merci Michel, avec qui nous avons passé de bons moments. Entre autres il nous montre des images de Rapa qui rendent bien l'ambiance que nous connaissons. Faute de graveur, nous ne pouvons pas les copier, par contre le jour du départ, alors que je descends une dernière fois à terre, je rencontre Guénolé, l'associé de Michel, qui me sort de sa poche le CD des dites photos: "tiens, c'est pour vous!".

 

 

Histoires "rapaïennes"

Parlons un peu de nos amis de Rapa, Hélène et Punua (= Martin).

Hélène est une grande femme de 54 ans, plantureuse (aux normes occidentales, mais à peine "forte" aux normes de Rapa!) et généreuse. Toujours gaie, prête à rendre service et à donner tout ce qu'elle peut: nous avons eu le pain frais tous les jours, avec des "firi-firi" (pâte à pain sucrée, roulée en forme de huit et frite dans l'huile), du poisson, des langoustes, des fruits, des fleurs… la table ouverte à volonté – et bien garnie! Mais Hélène dit: "je mets le ma'a sur la table, c'est toi qui mets dans ta bouche! -. Certes Marc lui a rendu des services, par exemple réparer la machine à laver: sur les deux (vieilles, et qui habitent à l'extérieur de la maison), l'une n'évacuait plus l'eau et l'autre, pourrie par la rouille, n'a presque plus de carrosserie, elle avance toute seule à l'essorage. Marc, ayant délogé souris et cafard qui y habitaient,  a pris la pompe de vidange de la seconde pour la mettre sur la première… et Hélène est contente! Il a aussi réparé le gaufrier de la cousine. Là nous l'avons échappé belle: après avoir envisagé de l'emmener à bord pour autopsie, Marc décide de regarder d'abord sur place. Et quand il a démonté l'appareil… une armée de cafards s'en est échappée!

Hélène est toujours en action. Au travail dans la tarotière dès le matin bonne heure – où elle se rend à pied, au fond de la baie, ou d'une autre baie en escaladant la montagne, elle revient pour s'occuper de sa maison, pour cuisiner, entretenir leur terrain…Ou bien elle part avec Punua en bateau, lui pêche et elle travaille au tarot (il y  a des tarotières dans tous les fonds de vallées, cultivées pour eux personnellement ou pour la communauté), ou ils ramassent des oursins, dont elle nettoie soigneusement le "vana" (le corail) que l'on mange au citron. Le bol se vend 1000 FCP au départ d'ici, et se transforme en toutes petites coupelles pour le même prix au marché de Papeete... 

Punua, sans doute environ du même âge, 1,82m, costaud et belle silhouette, est plutôt un peu moins exubérant mais tout aussi accueillant. Il ne revient pas une fois de la pêche sans s'arrêter à bord déposer du poisson frais. Lui se consacre à la pêche, qui est une partie de leurs revenus (le poisson, congelé, est expédié tous les 2 mois vers Tahiti), et aussi au tarot, quand il n'y a pas d'embauche type travaux publics ou communaux. Et dans les moments creux, il construit une maison en plein cœur du village "pour les enfants". Ils sont 7 je crois, de 8 à 30 ans, nous en connaissons 5, tous belles plantes, et pas des fainéants… la mère ne le supporterait pas!!

Punua nous raconte que sa famille est originaire de Rapa Nui (Ile de Pâques): il est connu que des baleiniers y "shangaïaient" (= enrôlaient de force) des hommes. L'un de ces matelots aurait déserté (caché sous une pirogue locale) lors d'une escale à Rapa…Plus récemment: son père est demi d'américain: deux sœurs jumelles de Rapa ont accueilli généreusement l'équipage d'un voilier US passé par-là dans les années 35… deux bébés en sont nés: Alfred, le père de Punua et Ine! Je n'ai pas bien compris, mais il semblerait que ce soit le même homme qui ait semé sa graine, auquel cas Alfred et Ine seraient à la fois ½ frère et sœur et cousins germains…J'avais déjà entendu cette histoire des deux jumelles qui se partageaient – à son insu (?)- le beau matelot….

Hélène, elle, raconte que son Papa fa'amu était la seule personne sur l'île parlant l'américain: Ayant été désigné, par la communauté locale, pour aller aux USA acheter la cloche pour le temple… son voyage a duré un certain temps. Il est revenu parlant l'américain et c'est de lui qu'elle tiendrait cette tradition d'accueil des voiliers de passage parce que, parlant anglais, il pouvait communiquer (et, je suppose aussi, parce que cette ouverture lui plaisait!).

 

 

Jane ne souhaitant pas passer les fêtes à Rapa, les copains nous attendent pour fêter Noël aux Gambier (nous n'y serons pas pour faire le Père Noël de l'école, cette année).

 

L'an passé, Maurice, le MTO, nous avait dit: " vous partez aujourd'hui sinon ce sera dans 15 jours car du mauvais temps arrive"… bis répétita cette année : " vous partez aujourd'hui sinon ce sera dans 15 jours car demain  il n'y a plus de vent".

Puisque les conditions météo semblent bonnes… Allons, il faut partir. 

 

La route de Rapa à Gambier

Mercredi 13 décembre à 9h30 nous démarrons le moteur, à 10h15 nous sommes dans la passe de sortie. Sur le rivage une mamie nous fait de grands signes d'au revoir, agitant à bout de bras des "ti", plantes à longues feuilles plantées devant la plupart des maisons pour en repousser les tupapau… L'île nous offre en cadeau de départ le spectacle de tous ses sommets parfaitement dégagés dans un grand ciel bleu…

Nous laissons là le voilier Inia, avec Michel et Christine, arrivés pendant notre séjour, et nous découvrons en sortant un autre voilier en approche… Il y aura eu 7 bateaux cette année…quelle affluence!

Nous devrions avoir du vent faible, par contre une houle de 4 à 5m est annoncée.

Temps clément comme prévu, vent moins faible que prévu et portant de surcroît… La houle augmente dès le jeudi 14, qui trouve Marc au travail dans le poste avant pour réparer le siège de barreur …Des tubes de récup soudés il y a 26 ans et qui cassent: quelle honte ! En 1996, Roger Lesage nous donnait un générateur 220V attelé au moteur. Il me disait alors:" Si tu dois faire des trous en mer ce n'est pas avec la perceuse à pile que tu les feras!". Les faits lui ont donné raison car faire des trous de F 12mm dans de l'inox, ce n'est pas facile sans perceuse à colonne, et encore moins quand ça remue – 2 forêts cassés !!!!

En fin de journée nous sortons un joli thazar dont nous mettons aussitôt des filets en conserve (un peu acrobatiques aussi)!

Vendredi 15 la houle s'allonge et le vent tombe: moteur dans la matinée, puis toute la nuit.

Samedi 16, nous faisons quelques essais de voile, mais peine perdue. Compensation: nous prenons un mahi-mahi. 

Finalement il nous faudra une quarantaine d'heures de moteur avant de retrouver du vent –de NE, pile dans le nez!- dimanche 17, et même suffisamment pour que la trinquette se justifie.

Mardi18 décembre, raté un espadon qui s'est décroché. Nous prenons la passe SE des Gambier courageusement au moteur pour finir, à 12h30 où nous mouillons devant Rikitea à côté du "Pitcairn" à Bernard et Françoise qui nous  attendent pour déjeuner.

 

       661 milles (1223Km) parcourus sur l'eau pour 642 au GPS, peu de courant contraire.

                    5 jours…bonne moyenne de plus de 5 nds, dans des conditions faciles.

 

 

 

 

 


 

Dans l'archipel de Gambier…

 

Excuses Impossible de coller le plan ce jour, je recommencerai plus tard

 

Pour cause de débit Internet comparable à celui d'un vieux prostatique, ne cherchez pas de photos dans ce blog. Voici seulement une carte générale pour pouvoir nous suivre.

Puisque c'est notre 5ème séjour ici,  pour les détails reportez vous au Sillage 19, ou à la Dépêche 29

 

 

Quelques jours pour reprendre nos marques et nos habitudes, saluer les uns et les autres, et nous repartons samedi 23 pour l'île voisine de Taravai où nous attendent Dédé et Dom. pour fêter Noël. Arrivés en bateau il y a 3 ans, ils vivent maintenant à terre, récupèrent l'eau de pluie dans des cuves, font leur électricité grâce à des panneaux solaires, ont maintenant la télé et le téléphone. Portable. Du bateau, ils ont conservé la radio et le Pactor qui leur permettent d'envoyer et recevoir leurs mails. Le confort dans un coin retiré…un peu isolé aussi !

 

Excellente soirée de Noël. Au menu: foie gras au Ste Croix du Mont, langoustes du platier, dinde fumée et son gratin d'aubergines, bûche de Cléo (pâtissière de Rikitea). Nous attendons la retransmission en direct de la messe de minuit à Taiohae (Marquises) avant d'aller nous coucher… et nous retrouvons le lendemain midi pour la suite des festivités.

Le programme est d'aller ensuite au  motu de Totegegie (en face de Mangareva), où se trouve l'aéroport, pour y passer la soirée de la St Sylvestre sur la plage.

Nous devançons un peu le départ pour saluer notre copain Philippe (qui pilote l'avion du vendredi 30).Son épouse Sylvie l'accompagne et nous porte le gigot prévu pour le lendemain. Nous avons tellement bien bavardé que j'ai oublié de leur donner la lettre à poster que j'avais dans mon sac! Pardon MaJo!

 

Ia orana i te matahiti api….

Comme l'an passé, c'est sur une des  plages de Totegegie que nous saluons la nouvelle année.

 

Sans vouloir vous mettre l'eau à la bouche, essayons de vous décrire l'ambiance…

Sous les aïtos (= pins maritimes), un parterre d'aiguilles, quelques chaises pour les matahiapos, des tapis pour les plus jeunes… un feu de bois…de la lune… aucun moustique ni nono …

Au menu langoustes (encore!), gigot froid et un autre chaud, canard aux tarots et patates douces, babas au rhum et mousse chantilly, salade de fruits, tarte au citron… c'est tout! Bien sûr il y avait de quoi arroser.

Et devant nous sur le lagon bleu pâle, éclairés par la lune, les deux voiliers bien sages…Le rêve !

 

Rapace ou rapasse…

            Ce matin-là, Bernard décide d'aller "pêcher dans le garde-manger", c'est-à-dire les hauts fonds qui ferment la fausse passe côté lagon. Je le suis avec plaisir, bien que la zone soit souvent visitée par des requins qui chassent dans le courant rentrant mais qui sont aussi intéressés par ce que nous ratons. D'apnée en apnée, nous progressons dans une faille. Puis vient un long plateau de fleurs de corail, où nous sommes plus attentifs à ne pas nous blesser qu'à regarder où nous allons. Cela devient plus profond, avant de plonger vers le grand fond. Un puis deux puis trois requins nous regardent négligemment, deux autres –inoffensifs "dormeurs"- sont plus bas. Curieux! Cette fois je fais un tour d'horizon… Un contre-courant nous a sortis du lagon et nous sommes sur le tombant à l'extérieur du récif…Pas de panique si nous sommes sortis nous pourrons bien rentrer…alors profitons de la féerie du lieu…mais plus de chasse pour l'instant ! C'est un décor fantastique de fleurs de corail, d'excroissances de toutes les couleurs …et c'est aussi un aquarium où les perroquets bleus et verts  voisinent avec des lutjans rouges…et des centaines d'autres poissons que je ne saurais nommer. Extraordinaire !    Un nouveau requin jaune à pointe blanche…Puis un deuxième…Ceux- là  sont  réputés particulièrement cons…Alors retour vers la passe…

Vous savez ce que c'est qu'un oiseau de proie ?    C'est un oiseau qui passe et qui rapasse !

A propos du voisinage des requins, désintoxiquez -vous du film "Les dents de la mer": certes il faut être prudent avec eux, mais pas de panique, ce ne sont pas tous des mangeurs d'homme ! S'ils n'ont pas étés "pollués" par du "shark fidding" les (petits) requins ont peur de l'homme.

 

 

Les projets…

            A moyen terme, c'est de rester dans l'archipel, environ jusque fin mars.

            A court terme, c'est de rester sur Rikitea où quelques travaux m'attendent, comme de refaire la ferrure d'étrave du "Pitcairn" qui est restée dans les fonds de Rapa (à cause de ses yeux récemment opérés, Bernard ne peut pas souder), j'en profiterai pour renforcer mon siège de barreur. Il est prévu aussi de donner un coup de main à Scanzy pour restaurer sa barque plastique un peu osmosée…

Et entre ces activités quelques mouillages divers, à Akamaru, Taravai, ou dans le nord de l'archipel.

 

 

Courriers…

Merci de tous les bons vœux reçus des uns et des autres. Vous voyez que nous en tenons compte dans notre bonheur tranquille.

 

 Rien de changé pour les mails qui doivent rester maigres. SVP toujours pas de photos même si c'est beau et intéressant. Hier Jane a encore dû détruire 3 mails bien trop lourds pour être ouverts. Ici, il faut compter 6 minutes pour un mail de moins de 100k !

 

La boîte de Pirae fonctionne bien grâce à Philippe. Merci à lui.

Vous pouvez aussi nous écrire directement si c'est avant le 15 mars:

    Jane Marc LUCAS     voilier "Ratafia"

Poste Restante   98755  Rikitea

 



Article ajouté le 2007-01-08 , consulté 2009 fois

Commentaires


Sylvette Baro Laprie le 20/02/2007 à 18:21:03
Bonjour Jane et Marc; je rencontre ce jour oncle André Izotte qui me donne de vos nouvelles et aussitôt je me précipite sur le blog; ça y est j'ai tout lu; bravo pour vos journaux de voyage.
Je vous passe le bonjour de ma copine Michou ( Michèle Delong/ Diss)qui vous écrira sans doute un jour(depuis le temps qu'elle m'en parle).
A bientôt sur le Net pour suivre vos aventures. Bises
JOZ (Jerva) le 08/02/2007 à 21:47:19
Avez-vous changé d'adresse mail ? Les messages enoyés disent undelivery ...
Outlook refuse les nombres après mon message ...
J'ai installé Firefox Est-ce que ca va marcher ?
Nous avons un blog : joz3.blog4ever.com, et un nouveau mail : michel.jerva@free.fr
BISES Marie-Noëlle et Michel JERVA
claude et philippe le 27/01/2007 à 18:39:32
les Rougier-Daviaud qui sont sous 15 cm de neige avec -6°et impossibilité de sortir les voitures se ressourcent en faisant un saut en polybésie et se régalent de vos commentaiires et photos. on vous embrasse
Croque Pomme le 22/01/2007 à 04:41:11
Salut les amis ! Bonne continuation aux Gambiers, sous le soleil (quand il ne pleut pas), et a l'abri des aitos comme vous savez si bien le faire (tarte aux citrons, miam !) !!
Gros bisous,
Francois et Frederique
Thérèse et Pierre le 13/01/2007 à 23:28:14
Vieux prostatique(pas thérèse of course) s'élève avec vigueur et gros débit(mais oui) contre la basse attaque du Captain...
Bisous de tous à vous deux
jlucas le 13/01/2007 à 18:14:37
Très bon jeu de mots... et bonne suite.
Guy et Christine le 12/01/2007 à 16:45:41
Bravo et merci pour toutes ces nouvelles.

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Nouvelles de RATAFIA "

Retour aux articles