06 : Les Nouvelles de RATAFIA Février 2006

Les Nouvelles de "RATAFIA" n°6 - Février 2006

Les Nouvelles n°5 vous laissaient à Gambier, où nous attendions Jean et Domi d'Anakeïa, et vous disaient notre projet de navigation vers les Marquises, juste après leur départ.

Si le blog, où vous trouvez ces "Nouvelles" est un bel outil de communication, il ne permet que du texte. Pour les photos, il faut aller les chercher dans l'album…

Alors profitons de cette traversée pour raconter un peu notre vie en mer. Même si  ce n'est pas passionnant pour les navigants chevronnés, cela intéressera – peut-être, les terriens.

           

 

Depuis dimanche 5 février, les cartes MTO et les fichiers Grib prévoient une stabilisation du flux d'Est, et le retour de l'alizé. Seulement, depuis deux mois que nous sommes dans le lagon, Ratafia a plus des allures de camping-car que de voilier. D'abord il y a les rangements et les pleins "habituels" à faire, mais aussi les lessives…et les nombreuses salutations à terre. Nous essayons de vider une dernière fois notre boîte e-mail, mais comme José est partie, cela se passe chez Hervé…à l'occasion d'un pot de départ !

Enfin, mardi 7, tauds rangés, les moteurs HB (et même la grosse ancre) sont rentrés - pour un meilleur passage dans la mer courte, nous recentrons au maximum les masses vers le pied de mât, cela dégage aussi le balcon arrière de tout ce qui gène notre régulateur d'allure promis à un gros travail au vent de travers qui sera la dominante de ce parcours- Ratafia a retrouvé son allure de voilier…et l'équipage a pris ses précautions avec une pilule contre le mal de mer qui nous attend dehors après un si long calme. Quand on quitte les Marquises et leurs mouillages rouleurs on est nettement plus amariné que lorsqu'on quitte Gambier. 

 

14h: accompagné par un bon grain, Ratafia est sorti. Avec une houle de SW de 2.5m, et  20/25 nds de vent d'Est, la mer est forte. Au travers Ratafia s'ébroue, saute et embarde passablement. Mémé, notre fidèle régulateur d'allure "Atoms", est au travail…

Le frigo plein, et nos estomacs en berne, font que je n'ai pas le courage de mettre les lignes à l'eau …le banc de bonites qui nous croise en est tout interloqué !

 

17h: ça brasse dur, mais les automatismes jouent – pas question de se négliger et de rester en sueur dans un bateau fermé. La douche sur la jupe*, pour acrobatique qu'elle puisse paraître à 7/8 nds, est la bienvenue, ainsi que l'apéritif qui la suit, d'autant qu'il s'accompagne des sushi donnés par Karine. * Sur les petits bateaux, la douche intérieure est exiguë, et de nettoyage peu aisé. Nous avons opté pour la jupe, équipée d'eau de mer sous pression et d'un pulvérisateur de jardin modifié qui est mis à chauffer au soleil. Assis sur le support de Mémé, nous nous y sentons en sécurité.

 

La nuit  se passe sans changement notable, Ratafia file à 7 nds de moyenne, et au petit jour de ce mercredi 8 nous laissons sur tribord Marutea-Sud, atoll privé de R. Wan, le magnat de la perle. Autrefois sans passe, cet atoll fermé est devenu un très gros centre de production perlière, mais pour nourrir les milliers de nacres qui y ont été implantées, il a fallu créer un courant d'eau et percer deux passes. Je ne sais pas si elles sont praticables pour un voilier, mais comme il m'a été dit que nous n'y serions pas les "bienvenus"…continuons notre chemin.

A 14h, soit 24h après le départ, nous avons fait 151 milles. C'est bien. Hélas d'inquiétants cumulo-nimbus se développent. Nous ne le savons pas encore, mais ils nous tiendront compagnie toute la journée et la nuit, en nous obligeant à force manœuvres pour saluer les grains de pluie, avec trop de vent puis pas assez, le tout à la lumière des éclairs – heureusement pour nous, pas sur nous proprement dit-.

Des différents phénomènes atmosphériques, l'orage est ce que je redoute le plus. Bien sûr nous avons déjà abondamment donné…Je me souviens d'une traversée de Manche où il a "oublié de faire nuit"… Si  nous avions alors été foudroyés (et vivants !) nous avions quand même une bonne chance de trouver la France… Mais ici, si par malheur cela devait arriver, ça veut dire plus d'électronique, plus de GPS et sans doute aussi, plus de démarreur… La joie pour faire sa route ! Bien sûr je garde mon sextant, et il y a à bord une pendule mécanique, mais sans calculatrice ni éphémérides papier, ce serait longuet !!!

Tout ayant une fin, comme je l'espérais, en fin de nuit, ce jeudi 9 à 4h, les grains se font plus rares - c'est-à-dire qu'il n'y en a plus un par heure… je peux aller me coucher.

A 8h, ayant bien dormi…

…en avant pour le rituel du petit déjeuner, que je ne peux résister au plaisir de vous faire partager.

Si nos repas se prennent en commun, pratiquement toujours à la table dont un abattant reste horizontal, ce n'est pas le cas du petit'déj qui, compte tenu des quarts, reste individuel. Jane ayant déjà pris le sien, elle m'a laissé la place devant le réchaud (et du pain grillé qu'elle affectionne encore plus que moi). Et puisque je suis debout, elle est repartie se coucher…

Faire chauffer l'eau du thé n'est pas un problème, mais en verser ce ½ litre sur les sachets dans le bol, demande une adaptation à une verticale parfois surprenante ! Et comme le bol est alors bien plein, attention aux coups de roulis. Le réchaud suspendu "à cardan" est heureusement doté d'un amortisseur de mouvements (merci au Frère de la Côte Jean Dumonet qui m'avait conseillé de prévoir un "truc" pour cela…). Ensuite, debout devant la table mobile que représente le réchaud, il faut tremper les tartines, recouvertes du miel bien liquide de Mangareva, et les acheminer jusqu'à la bouche, supposée être au-dessus du bol…Mobile in mobile… et, quand nous sommes au près et bien gîtés, c'est encore plus drôle!

 

Dans la journée, la houle s'allonge, le vent mollit, et la mer se calme. Le confort quoi !

Vers 16h l'atoll de Reao est devant nous. Nous devions le laisser à bâbord, mais le vent qui refuse en montant au NE nous oblige à le longer et le laisser sur tribord. Cet atoll étant fermé, pas de passe tentante pour la nuit… La carte indique deux points de débarquement, qui de loin feraient penser à un vague port… De loin seulement, car en approchant ce ne sont que des terre-pleins remblayés pour l'accostage des baleinières de la goélette. Le ressac sur le môle, et les brisants en avant, sont totalement dissuasifs, tant pour un accostage que pour un mouillage et débarquement en annexe. Dommage, car il paraît que l'accueil  dans cet "atoll du bout du monde" est tout à fait fantastique ( Nous venons de lire le livre de J. L. Etienne "Clipperton, Atoll du bout du monde"…Sachant que les bretons n'ont pas le Cap Finisterre –contrairement à ce que nous avons entendu une fois dans le bulletin météo marine de France-Inter, que nous venons de Rapa, qui est un bout du monde, via Gambier, qui en est un autre… c'est fou ce qu'il y a comme "bout du monde"  sur cette terre, qui comme chacun sait, est ronde !!!).

Ne pouvant nous arrêter, nous continuons la route, et pour arroser cette décision, Eole nous envoie un nouveau grain vivifiant. Le ciel, chargé de "cumulus congestus" est redevenu inquiétant.

 

            En fait, il n'en sera  rien, et sauf que nous faisons maintenant route au près, la nuit sera facile, ponctuée simplement de quelques surventes sous les nuages.

 

Vendredi 10.  Sauf que la mer est désespérément vide de poissons, belle journée de navigation facile. Le vent est stabilisé, nous sommes "au près bon plein" avec un vent de 10/15 nds. La balade…que l'on peut aussi orthographier ballade pour chanter le grand beau.

L'ombre viendra le soir: personne pour répondre aux appels de Jane à la vacation radio…"y a t'il des stations sur la fréquence?"…et nous découvrirons un peu plus tard que l'antenne, débranchée en prévision des grains de la veille au soir, n'a pas été rebranchée…Normalement, quand je rentre l'écrou de fixation, je coupe le disjoncteur du poste, mais la veille, du dehors, j'ai donné l'écrou à Jane…Il y aurait de quoi en rire, si ce n'était la crainte d'avoir détruit l'étage d'émission qui a travaillé à vide…

En métropole cet incident ne serait peut-être pas trop grave, car on peut y supposer la présence de réparateurs qualifiés. En Polynésie c'est une autre paire de manches, il y aussi de réparateurs compétents, mais il faut les dénicher car ce ne sont pas forcément les "officiels" de la marque.

Deux exemples pour vous en donner une idée.

* L'an passé, Guy dépose chez le concessionnaire de la marque, son fax météo pour remplacement de la tête d'impression…qu'on lui rendra sans facturation du travail fait…pour cause qu'il ne fonctionne plus !

* En 2000 je dépose mes injecteurs pour les faire tarer (ils datent de 95), chez le diéséliste le plus connu de la place. Facture environ 250 Euros pour cause de changement des nez. Pour la même raison, en 2005 je porte ces mêmes injecteurs chez un petit artisan, qui me fait le travail tout de suite et constate que l'un des injecteurs n'a jamais été adapté au moteur…Il lui faut changer une cale pour obtenir les bonnes valeurs de réglage…et je paie moins de 50 Euros !!

 

 

A part la contrariété de la radio, le Samedi 11 se passe comme la veille, grand beau temps et bonne route, 150 milles dans les dernières 24h, pratiquement pas de grains et donc peu de manœuvres (un peu quand même, car les grains font partie de la navigation dans l'alizé). La bonne nouvelle du jour viendra à la vacation du soir: les copains nous reçoivent fort et clair ! Le poste à bien résisté au mauvais traitement…Ca s'arrose…si on avait besoin d'un prétexte !

Passage d'une ligne de grains en début de nuit et abondantes manœuvres jusqu'à minuit, plus calme ensuite, avec nette refusante du vent. Nous sommes au plus près jusqu'au lever du jour de ce dimanche 12 où le vent re-adonne en mollissant un peu. Le rituel whisky du dimanche midi marquera aussi le "saint cent milles" qu'il nous reste à parcourir…

Bien que méconnus de la "Congrégation de Rites" du Vatican, il existe en effet de nombreux saints dans la navigation: outre la "saint cent mille" déjà citée, citons la "saint mi-chemin", la "saint mille milles" …et j'oublie forcément les saints de circonstance !

La journée se passe, facile pour la navigation, désespérante pour la pêche. Je change mes leurres, je change les longueurs…rien, rien de rien. Le denier espoir est de ralentir pour tenter notre chance au lever du jour du lundi 12, à la pointe sud de Fatu Hiva, au lieu d'arriver vers minuit. La nuit se passe donc sous toilés, puis finalement à la cape pour attendre le lever du soleil. Pas assez appuyé par le vent, Ratafia nous secoue passablement. L'estomac de Jane ne sera content que lorsque nous aurons remis en route aux aurores. Nous croisons des chasses d'oiseaux qui plongent autour du bateau pour prendre les petits poissons poussés vers la surface par de plus gros. En vain, je change et rechange les leurres et c'est bredouilles (gna gna gna ! ) que nous mouillons, à 9h devant Hanavave, dans la  somptueuse "Baie des Vierges".

Nous voilà marquisiens !

 

 

 

Couplet technique…

            805 milles en moins de 6 jours…C'est bien.  A part la sortie de Gambier sous trinquette, c'est le génois qui a été au travail. Parfois entier, souvent réduit. Les nombreux grains ont forcé à d'abondantes manœuvres et l'enrouleur n'a pas chômé. La pose du cabestan électrique qui tire sur le bout d'enroulement (merci à Roger Lesage d'avoir eu cette idée sur Alibi) a bien aidé à l'économie de l'équipage*.

Mais ce qui reste le plus merveilleux est l'enrouleur de Grand-Voile. Tenue par la balancine, la grande-écoute, et une retenue, la bôme est restée pratiquement fixe. Nous n'avions qu à jouer sur le bout de "rentrée-sortie" et sur le bout d'enroulement, sans  jamais avoir à changer notre route, ni à dérégler le régulateur d'allure ! Je sais, hélas, que ce système mis au point par Profurl a été un échec commercial, sans doute est-il sorti prématurément, ou la pub en direction des croiseurs au long cours insuffisante…

A ma connaissance il reste le seul système, sur de petites unités, qui permet de réduire – vite – à toutes les allures. Dommage qu'il ne se fasse plus !

 Solution: avoir un gros croiseur avec des mâts creux et des enrouleurs électriques…

 

            * Economie de l'équipage: j'ai oublié de dire qu'à Totegegie, j'ai un peu dévissé dans un éboulis de corail… me suis "un peu" écorché le flanc et un peu déchiré les ligaments de la main droite (à moins que ce ne soit une fracture du métatarse comme le pense l'infirmier de Rikitea; mais en l'absence de radiologie…il n'y a rien d'autre à faire que de bander et de prendre des anti-inflammatoires !). Bref, avec un capitaine manchot, l'équipage n'était pas au maximum de ses possibilités; les assistances mécaniques ou électriques ont été les bienvenues.   

 

 

Les projets…

Environ un mois à passer, sans doute sur les  Marquises du sud et le mini-Festival des Arts de Tahuata début mars, avant la descente sur Tahiti. Nous vous raconterons cela dans le n° 7.

Et puis ce sera la fête à bord avec l'arrivée de notre amie "Ma-Jo" attendue depuis si longtemps.

 

Courriers et nouvelles…

            Rien de neuf nos adresses n'ont pas changé.

Merci aux différentes réponses portées sur le blog. Nous y répondrons personnellement.

 

Merci aussi à tous ceux qui ont fait un effort "d'amaigrissement" des messages, cela nous facilite la communication.

                                                                               Jane&Marc 16 février 2006

 

 

 

Voici le coffret de nacre, arrivé à bord pour la St;Valentin – nos 36 ans de mariage.

 

 



Article ajouté le 2009-09-16 , consulté 14 fois

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