Les Nouvelles de RATAFIA

Les Nouvelles de RATAFIA

92 : Les Nouvelles de RATAFIA d'octobre 2016

Les Nouvelles de RATAFIA n° 92

Fin octobre  2016

 

           Les Nouvelles se suivent mais ne se ressemblent pas... S'il y avait peu à dire dans le n°91, ce n'est pas le cas cette fois.

           Commençons par les travaux prévus: la fabrication du taud "de voyage". Nous avons deux tauds, celui "de voyage" est le plus neuf, ilsest équipé de gouttières qui permettent la récupération de l'eau de pluie: notre source principale. Le déssalinisateur  n'étant qu'en appoint, en cas de sécheresse (à Mopelia en août par exemple). Le "vieux" taud est réservé à notre stationnement à Arue où l'on ne récupère pas l'eau et où la pollution de la ville à vite fait de le rendre gris...

           Pour sa facilité de mise en œuvre,  le taud est en deux parties de 2,8 et 2,3 mètres de long, par 2,4 m au plus large. Le tissus que nous utilisons depuis 1998 (merci Hervé Lepault qui nous l'a fait connaître)  est du Stamoïd de chez Ferrari. C'est un tissus enduit plus léger que le Sumbrella et qui dure bien aux U.V.

    Le plus de cette année c'est que Facinov, le revendeur local, nous a proposé de souder les 2 fois 2 grands panneaux. Cela à bien facilité le montage; et que le fil utilisé  est du "Ténara" garanti indestructible aux U.V.

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Vous voyez Jane en pleine action

 

...Sauf que, le Ténara étant très délicat (pour ne pas dire chi....t) à régler, avant d'obtenir  bonne couture, il nous a fallu à nouveau l'aide et les conseils de Jacky.

    Pour arriver à un résultat satisfaisant, il a amené sa machine (qui est du même modèle mais vendue par Sailrite (bleue au lieu de beige) pour en reproduire tous les réglages.

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Merci Jacky !!!

 

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    Pour ne pas être en reste dans les travaux, j'ai changé les joints des capots en prévision de conditions difficiles...

    Pour information aux marins, j'avais depuis 18 ans du joint Goïot neuf en réserve...Sauf que lorsque je l'ai eu mis en place, j'ai constaté qu'il avait beaucoup perdu de sa souplesse... j'a dû en racheter du neuf... et refaire le travail !!!

 

Chants de marins...

 

            Au Yacht Club, depuis plus de 10 ans, certains soirs, suivant l'humeur des uns ou des autres, ceux qui en ont envie se réunissent pour des "Chants de Marins". A l'origine il y avait accordéon et violon...petit à petit nous avons pris l'habitude de "prendre des forces" avant de chanter, c'est-à-dire que l'on met sur la table les provisions et que l'on partage tout dans la bonne humeur.

            Ces réunions sont annoncées par voie d'affiche du genre:

" Samedi..., du pain , du vin et des Chants de Marins", et récemment:

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            Ce samedi-là, une énaurme surprise m'attendait: d'abord il y avait beaucoup de monde, ce qui n'était pas forcément étonnant, et à l'heure, ce qui est moins habituel..

On a bu et mangé puis chanté...

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....un papier a circulé ...et " Ils" ont entonné, sur la musique du " Le Grand-Coureur" une chanson intitulée :

"Marc au grand cœur"  (que je ne peux pas résister au plaisir de vous joindre en annexe).

 

J'ai compris alors qu'en fait c'était mon anniversaire que les participants étaient venus souhaiter, à mon retour.

     J'avais la gorge serrée de cette gentille attention, quand un non moins énorme gâteau est arrivé ! là, j'ai carrément eu du mal à dire merci ...

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     Quand ce fut le tour des colliers de fleurs et de la bouteille de Calvados (de Coudray Rabut).

            ...je n'ai plus pu parler avant un certain temps!    Maururu, Maroï, Merci à vous .

 

 

Les projets...

 

    Ils se précisent: L'A.G. du Club est le 18 novembre. On ne peut pas partir avant.  

Le 9 au soir un Boucan (cette réunion festive des Frères de la Côte) est organisé à Taravao de l'autre côté de Tahiti, que vous savez être une île ronde...

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Ensuite, ce sera la migration habituelle de la saison cyclonique. Je souhaiterais, une dernière fois, aller à Rapa. Mais je ne me fais pas d'illusions car je sais que cette route est en général mouvementée

 

    Oh Grand "Ya pu ka"...Si c'était possible...

 

Nous raconterons, mais pour vous expliquer mes rêves, vous aurez droit à un digest sur Rapa...cela vous évitera de rechercher dans les "Nouvelles" du temps passé !

 

 

Courriers, mails et autres Skype...

 

            Vous avez encore jusqu'au 18 novembre au soir (de métropole)  pour vous en donner à cœur-joie...et faire plaisir à Dame Jane !

Après nous serons en route, la récréation sera finie, il ne restera que les mails le plus allégés possible (surtout pas de photos ni de pièces jointes, que nous ne pouvons pas ouvrir).

 

 A tout hasard (il reste des irréductibles): Boîte Postale 140 029  à  98701 ARUE Polynésie Française

                         Bises et amitiés à toutes et tous.

 

                                                                                                          Arue le 29 octobre 2016

                                                                                                                      Jane&Marc

 

 

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Annexes...

  

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RAPA, une île au bout du bout du monde...

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            Découverte en 1791 par le navigateur Vancouver, Rapa, spectaculaire mais quelque part oubliée, est l’île la plus septentrionale et la plus isolée de toute la Polynésie Française (27°37 S / 144°20 W). Elle est située au SE des Australes, à près de 700 milles au SE de Tahiti. Bien au sud du tropique du Capricorne, hors des grandes voies maritimes.

             C’est un ancien volcan dont le cratère s’est ouvert sur la mer en son milieu et forme aujourd’hui une large baie, encombrée et débordée de bancs et d’écueils (WP entrée :23°36,7S / 144°17,76W - Balisage clair et complet).

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      Du volcan, il reste des pics et des sommets abrupts qui donnent à Rapa un aspect élevé, un terrain accidenté et nu, des falaises de basalte grises de 300m surplombant un paysage qui, vu de la mer, devait sembler aride, avant que les plantations de sapins actuelles ne lui donnent un aspect norvégien.

 

Sans aérodrome, dans une zone météorologiquement turbulente, éloignée de tout, Rapa est hors du temps

 

L’île a eu une histoire colorée, parfois violente comme en témoignent les fortifications qui surplombent les collines abruptes. Près du sommet se trouvent des terrasses artificielles, supportées par des murs faits de blocs de basalte, où se trouvaient les anciens villages fortifiés, dominés par un « donjon » encore bien visible par endroits. Ces forts construits à même la roche étaient l’habitat de tribus qui contrôlaient l’agriculture des terres fertiles situées en contrebas. Les fouilles effectuées entre autres par Thor Heyerdahl, des analyses au carbone 14, ont indiqué qu’il y avait approximativement 2000 à 3000 habitants au 18ème siècle.

 Le modèle habituel de la colonisation occidentale s’y est déployé. Les missionnaires firent déserter les hauteurs plus saines, exposant la population aux miasmes et aux maladies du bord de l’eau marécageux, pendant que les chasseurs de baleines et autres négriers prirent les hommes pour les exploiter ailleurs, jusqu’à ce que les femmes deviennent la seule force de travail et Rapa une île d’Amazones…

            Rapa fut déclarée protectorat français en 1867 avant d’être annexée en 1881. Elle compte actuellement un peu plus de 600 habitants sur place, et un peu plus de 1000 officiellement, de nombreuses chèvres, des vaches, des cochons sauvages, et même quelques chevaux indomptés car, comme nous l’a dit Hélène, ils ne sont là que pour faire joli !

 

La vie à Rapa…

            Deux caractéristiques s'imposent:

-  la première est la très très grande amabilité des habitants; la deuxième c'est la vie communautaire de ce microcosme. Chacun à tour de rôle participe à la vie de l'ensemble, accompagnement des enfants, entretien des fours...

- la deuxième est l'organisation sociale. Si la structure administrative républicaine est bien existante, elle est occultée par "le Conseil des Sages", omniprésent, où chaque famille a son représentant, et qui régit et gère la vie dans l'île.

Exemples:         - C'est ce conseil qui délimite les zones de pêches qui seront interdites pour permettre une régénération de la faune, pendant que d'autres seront ouvertes.

                        - Pour construire sa maison, s’il ne dispose pas d’un terrain familial propre, un « Rapa » demande au Conseil des Sages de lui en donner un.

                        - Un référendum local a eu lieu pour savoir si le conseil autorisait – ou non – la construction d’un aérodrome qui aurait eu entre autres un rôle sanitaire, mais, c’était à craindre, un rôle modernisateur et donc destructeur par ailleurs. Le résultat du référendum ayant été sensiblement moitié-moitié, la réponse du conseil a été négative.

 

            Il y a beaucoup à dire sur la vie dans cette île retirée. Par certains côtés, c’est (presque) un éden, tout y pousse, aussi bien les plantes tropicales (bananes, café, oranges) que celles importées d’Europe (pommes, pêches, raisin). Pour subvenir aux besoins domestiques, chacun cultive son lopin de terre, va à la pêche, ou chasse (chèvres, cochons bien sûr, mais aussi carrément les vaches !). Mais, toute médaille ayant un envers, ce même isolement, cette « ancestralité », rebute les jeunes qui vont finir leurs études à Tahiti et ne reviennent ici que s’ils n’ont pas trouvé de travail là-bas. Le Nescafé est plus simple que le vrai café (en partant de la plante), les œufs du commerce plus faciles que ceux du poulailler familial, le sucre en sachet plus rapide que celui procuré par la racine de Auti (caro-caro en rapaïen), le « Bison » (tabac à rouler, hors normes européennes) quasi généralisé en Polynésie est peut-être un petit peu moins malsain que le tabac local roulé dans des feuilles de pandanus…Le courrier comme le ravitaillement n’arrivent qu’une fois par mois, les évacuations sanitaires se font par bateau militaire, or il y en a de moins en moins...Quant à l'avenir économique...heureusement qu'il y a la mairie pour distribuer le travail dans les chantiers municipaux

 

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            La baie d’Haurei, du nom du village principal, s’enfonce profondément dans l’île (2 milles). Hélas le fond (à gauche sur la photo) et les bords sont inaccessibles. Il faut mouiller soit devant Haurei, soit devant Area, le village (sur la droite de la photo) d’en face. On peut aussi se mettre à quai devant le groupe électrogène municipal !

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Vue de l'entrée de la baie

Area est tout à fait à gauche, Haurei tout à fait à droite...

Et Ratafia (le petit point blanc) presque au milieu

 

 

            Entre ces deux villages qui forment une seule commune, pas d’animosité sensible: par exemple, ayant chacun leur temple, l’office y a lieu un alternativement. Comme il est bien plus rapide de traverser la baie (1km) que d’en faire le tour par la route sinueuse, entre les deux une noria de barques. C’est ainsi que les écoles ayant été regroupées sur Haurei, les enfants d’Area vont et viennent dans une vedette, bardés de beaux gilets de sauvetage oranges, et chantant à tue tête aussi bien dans un sens que dans l’autre. Bien sûr ils nous réveillent un peu le matin, mais j’avoue que c’est avec plaisir que j’entends des enfants chanter quand il vont à l’école !

 C'est une vie communautaire, "extra-ordinaire" et hors du temps. En dehors des deux "boutiques-bazars", l'argent n'a pas de valeur.  On ne vous vend rien : on donne. Et même entre habitants, ce n’est pas du troc : « je te donne du poisson, tu me donnes un chou », c’est simplement : «  je te donne du poisson ».

 

 Quelques morceaux de vie...

 

            Je suis en train de faire la corvée d'eau (le robinet devant le temple est le plus proche…et en plus elle doit être bénite !). Freddy arrive de la pêche…5 gros thons et un saumon (nom local de la sériole). Il me propose de prendre un poisson, que je refuse car ils sont bien trop gros…et que le réfrigérateur est plein ! Pendant que Freddy vide les thons, le bébé de 1 an qui est dans les bras de sa maman, hérite d'un morceau de foie qu'il mange dare-dare. Mon étonnement se voyant sûrement, j'ai droit aussi à cette douceur…et comme cela ne semble pas me régaler Moea me donne deux langoustes comme lot de consolation !

 

             Dimanche, jour de culte pour une majorité de la population (les deux familles catholiques ont leur chapelle), nous choisissons d’aller au temple majestueux qui domine le port. A l’entrée, nous échangeons quelques mots avec le pasteur…qui nous fait placer au premier rang, et l’instituteur chef de la chorale vient nous traduire le sermon. Comme nous nous y attendions les chants sont magnifiques. Particularité locale : le chœur peut s’enorgueillir de quelques bien belles voix de basses.

A la sortie, après le repas collectif, servi dans la salle paroissiale juste après l'office, véritable communion, nous allons boire le café chez le pasteur, et en repartirons avec un pain (à Rapa, il n’y a pas de boulangerie, chacun fait son pain dans des fours communautaires), deux carottes et quelques pêches. Retour à bord pour un changement de tenue : nous devons monter vers le fort qui domine le village, sous la conduite de Jean-Pierre qui est venu nous donner du poisson hier soir.

Changement : c’est son camarade Jules, instituteur ici, et sa compagne Vairua qui nous emmènent cueillir des oranges " picarettes" très acides… Dans la cour de l’école quelques bananiers dont l’un porte un superbe régime de bananes « pour le goûter de la maternelle »…

Des framboisiers nous ont été signalés sur la route qui borde la baie…Au retour d’une maigre collecte, Hélène nous interpelle et offre lys, chou, pain, ainsi qu’à goûter la « popoi » avec de la gelée de framboises. La popoi est une préparation typique de la Polynésie qui se fait en partant de différentes plantes amylacées, ici du tarua (tarot local) et qui nécessite d’être énergiquement battu entre un galet et une planche. La pâte plus ou moins collante obtenue n’a pas beaucoup de goût par elle-même, mais s’accommode de différentes sauces, car on la mange aussi bien avec du poisson qu’avec de la viande ou de la confiture.

Finalement,  nous finirons l’après-midi avec Hélène, son mari Punua (Martin) et le papa Aurariki, qui nous emmènent chercher des framboises là où il y en a : dans leurs champs ( dans l’espace communautaire qu’est l’île en général, il y a des «propriétés privées », plus ou moins délimitées). Quelque peu mouillés par la pluie qui nous a attrapés, au retour nous avons droit à un tee-shirt sec, à un café…et à repartir en voiture, nos cadeaux et de quoi faire 6 pots de confiture !

 

            Ce vendredi, c'était la journée polynésienne du Reo Mahori, la langue qui doit unifier la Polynésie. A l'école parents et enfants sont habillés de leurs plus beaux atours. Pierrot, l'instituteur lit une phrase en français, et les enfants doivent la redire en reo-mahori, pas en rapa qui est leur langue !  Cela donne lieu a pas mal d'éclats de rire car il doit y avoir des confusions, des fautes ou de mauvaises prononciations. Bien sûr je ne peux pas comprendre, mais je mesure que c'est trois langues que les enfants de Rapa doivent assimiler.                             

 

 

Vous partez déjà…

            Ce samedi, triple mariage, c’est la fête à Rapa ! les mariés sont de Area, où auront lieu les festivités; la mairie étant de ce côté de la baie, à Haurei, mariés et participants arrivent en baleinière. Débarqués par avance pour profiter des chants, nous nous mêlons au « comité d’accueil », tous en jupe ou pantalon bleu marine et chemise blanche (uniforme de l’Union Chrétienne des Jeunes Gens) et nous retrouvons, lys tenus à bout de bras, faisant la haie d’honneur aux futurs époux, habillés aussi du même uniforme, et que ne distingue qu’un foulard rouge en pointe…Le pasteur m’expliquera plus tard que cela évite des dépenses inutiles ! Nous aurons droit au champagne à la mairie (bien que l’alcool ne soit pas de mise ici), puis après un transbordement dans les baleinières surchargées, cérémonie au temple et remise publique des cadeaux – en triple exemplaire – et lunch-apéritif au jus de fruits. Ensemble joyeux mais un peu austère. On est loin de l’exubérance tahitienne. N’ayant pas reçu d’invitation formelle, nous nous éclipsons avant le tamara’a (festin) prévu pour 200 personnes, avec la participation de plusieurs chèvres, 3 cochons, une vache et une centaine de langoustes… « Vous partez déjà !» s’entend-on reprocher alors que nous embarquons dans notre annexe…excuses confuses…mais acceptées...Difficile parfois de faire la différence entre l’invitation formulée par civilité et qu’il vaut mieux décliner et celle où un refus sera une offense !

 

            Ce « vous partez déjà », nous l’entendrons encore lorsqu'une fenêtre météo nous incitera à prendre la route de Gambier, non sans avoir fait la tournée des « au revoir »…Chacun nous souhaite bonne route, nous emportons le pain fait chez Hélène, un pot de confiture de framboises pour Melika, installée à Rikitea, un bouquet de lys, des colliers de coquillages offerts par le pasteur… qui promet en outre de transmettre nos adieux à ceux que nous n’aurions pas revus, lors de l’office du dimanche… Nous avons eu la chance de conditions exceptionnelles pour pouvoir rester 15 jours à Rapa ; il est temps de partir avant de banaliser notre présence...

 

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Ratafia au milieu de ce qui fut un volcan

 

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Au départ de Rapa

 

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Jane & Marc LUCAS              RATAFIA

 

 



30/10/2016
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